MURIEL LERAY
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  • LÉNA BALAUD, BERNARD ASPE | DEUX
    2016

    Conférence organisée pendant l'exposition OBSCENE.
    LenaBalaud_BernardAspe_Deux.pdf
    Vidéo : vimeo.com/156579399

    Extrait :

    « L'affirmation "Je serai tienne" que l'on trouve dans le texte de Muriel indique que l'on appartient à ce qui nous expose, à ce qui oblige à tenir seuls la verticalité face à l'inquiétude. Autrement dit, elle indique que notre exposition solitaire et inquiète permet à une intériorité de se constituer. Nous sommes alors un élément de ce qui nous enveloppe. Dans la mesure où nous nous exposons à l'appartenance, nous nous retrouvons enveloppés dans une intériorité commune. Cette affirmation, "je serai tienne", est une accélération, un condensé, de ce travail de la division qui peut prendre beaucoup de temps, être laborieux, pas toujours linéaire, revenir en arrière, hésiter, échouer.

    Cette phrase, qui apparaît d'abord comme une phrase d'amoureuse, fait signe également vers un travail de la politique (le fragment de texte dans lequel nous avons prélevé cette phrase est "Premièrement comme un paradigme. Politique. Plus proche du 'Je serai tienne' qu'affirmation"). Car la communauté concernée par la politique n'est pas celle du groupe d'intériorité, composé de personnes qui ont déjà quelque chose en commun : une culture, une histoire, des pratiques, des affinités politiques. Pour qu'il puisse y avoir politique, il faut que des gens portent une idée du commun en n'ayant pour autant rien en partage, rien en tout cas qui soit déjà donné. Il faut alors s'exposer à l'appartenance à une politique commune sans pouvoir la vérifier, avant de pouvoir la vérifier. C'est sans doute ce que Rancière développe avec le concept d' "hétérologie" (logique de l'autre). Il s'agit d'incarner une idée du commun en se plaçant au lieu de l'autre, sans savoir si l'autre nous suivra dans ce déplacement. »
    AGNÈS PRÉVOST | BLOCS DE SENS
    2015

    A propos de l'exposition 'Reflets, coïncidence.'
    AgnèsPrévost_BlocsDeSens.pdf

    Extrait, textes publics - titres privés :

    « Quatre inscriptions sur cinq comportent, même implicitement, un pronom personnel et font appel à une subjectivité. Les pronoms singuliers ("tu"), pluriels ("noi", "si"), l’emploi de l’impératif ("aspetta"), impliquent le spectateur. Les verbes induisent donc une action en cours ou en projet : ils nous sollicitent, nous invitent à agir.

    Les titres des compositions, eux, apportent d’autres mots, plus nombreux, puisqu’ils forment presque des phrases entières. Dans cette exposition, les titres fragmentés par la ponctuation suggèrent une narration interrompue, saccadée, parfois sous forme de dialogue, que marque la présence d’un "je". Lus parallèlement aux inscriptions sur les surfaces, ils nous proposent une expérience privée puisqu’ils ne figurent pas sur un cartel près de l’œuvre. Ils ajoutent ainsi un autre type de propos que celui porté par les surfaces. Ces deux discours parallèles peuvent être entendus comme deux voix complémentaires : l’inscription accessible à tout le monde est complétée par le titre de chacune des œuvres, inscrit sur une feuille que le spectateur tient dans sa main. La première est d’ordre public, le second d’ordre privé. La première, collective, le second, intime. J’utiliserai volontiers l’expression "voix seconde" pour étudier ce qu’ajoute aux œuvres cette communication personnelle, ce "murmure" des titres. »
    JÉRÔME GUITTON | "APRÈS CETTE OEUVRE, JE FAIS QUOI ?"
    2014

    "Après cette oeuvre, je fais quoi ?" : épreuves pour un écrivain
    Intervention pendant l’exposition Black Coffee, au sujet du travail d'Hermine Bourgadier et Muriel Leray.
    JeromeGuitton_ApresCetteOeuvre.pdf

    Extrait :

    « Si on prend un peu de recul par rapport à ses moyens, on comprend que [Muriel Leray] ne se contente pas d’extraire deux échantillons hétérogènes représentatifs de deux mondes différents. Elle les met aussi en action dans leur monde propre. Dit autrement : elle ne cite pas un poème ou ne fait pas référence au minimalisme ; elle réalise, dans la même pièce, un poème et une sculpture minimaliste. C’est ainsi que chacune des deux polarités résiste à son assimilation par l’autre polarité : le texte vit sa vie dans son monde de texte, avec ses rythmes prosodiques, ses logiques littéraires ; le cadre vient communiquer avec l’espace d’exposition. (...) »
    VALERIA CETRARO
    Novembre 2013

    « L’oeuvre de Muriel Leray ouvre une faille, crée une rupture, fait de la place au vide et trouve sa place dans le contexte. Vide et silence, pour entendre un morceau de bruit, une inquiétude ouverte, face à face. Surfaces opaques hermétiques ou reflets d’une réflexion profonde d’un contexte traversé par le texte, les blocs-poèmes s’imposent. »
    ELISA RIGOULET
    Mai 2013

    Texte publié dans le catalogue des Diplômés 2012, Beaux-Arts de Paris les éditions.

    « Les œuvres de Muriel Leray sont une affaire de contexte. Réalisées sur mesure, ces ensembles composés de cadres –plaques de verre ou cartons– et de mots déposés au vinyle agissent avec les murs, les angles, les radiateurs et les tuyaux qui les entourent dilatant toujours un peu plus les limites dans lesquels ils opèrent.

    À la fois solidaires et indépendants, le cadre et le mot semblent organiser un ensemble hiérarchisé sur le modèle de l'opposition. Dessinant les contours d'un vide, le rectangle circonscrit un espace qui vient agir en contradiction à l'apparente volubilité du texte.

    Permettant au contraire à l'artiste d'extraire son travail d'un monde trop bavard, c'est fragilisé dans sa syntaxe que ce dernier superpose ou entoure le cadre qui lui sert de pendant. Ne conservant du texte que son aspérité, Muriel Leray crée un trébuchement qui fait dérailler la bande et rompt définitivement l'homogénéité de l'ensemble.

    Le point de basculement de ce "faire peu" qui opère par soustraction se situe dans le creux qui sépare le texte de son voisin géométrique. Le cadre qui fait "bloc" dans cet ensemble apparemment rodé au millimètre, fait quasiment le premier l'expérience de cette faille. En vidant l'espace où l'on tenterait maladroitement de mettre du sens, l'artiste soustrait son travail à une globalité qui accepterait tout et ne ferait le tri de rien. L'échec de cette saisie vient alors faire "bugger" l'énorme machine bruyante, permettant à chacun de s'octroyer le temps d'une pause. »
    JÉRÔME GUITTON | SUR LIGNES
    Avril 2011 - Mars 2013

    www.jerome-guitton.info/...
    JeromeGuitton_SurLignes.pdf

    Extrait :

    « Deux mots, à peine, avant d'entrer dans le vif du sujet. La question sera : qu'est-ce qu'une œuvre comme Lignes 1 peut apporter à l'écrivain ? Comment celui-ci peut-il en faire un outil de travail ?

    On soutiendra que cette œuvre peut, au moins, indexer un manque. En tant que spectateur de cette œuvre, j'y trouve des sensations ; si je poussais l'analyse suffisamment profondément, je trouverais au moins une suffisamment spécifique pour que l'écriture n'ait pas été (encore ?) à même de la produire. J'aurai donc trouvé un obstacle à ma pratique. Celui-ci pourra-t-il être franchi ? Seules les œuvres répondront.

    Dans cette première œuvre de Muriel Leray, le dernier mot frappe : coup. Et ce mot semble être le théâtre d'un retournement : il semble, s'il faut en dire plus, que le spectateur y donne le dernier coup de poignet. Je partirai de cette sensation. Je m'en rapprocherai par les deux bords : par le texte, passant par une analyse rythmique ; puis par le cadre. La synthèse sera l'occasion d'affiner la vue sur l'obstacle et d'en tirer quelques leçons.
    (...) »